Là où le champ est animé ils vont s'amuser
Là où le champ est animé ils vont s'amuser

Peut-on contrôler l’espace public ?

Jusqu’où doit aller le principe de précaution ?

 

Un débat passionnant avec Antoine Viger-Kolher (architecte urbanisteTVK), Jacques Gérault (ancien Préfet), Michel Desvigne (paysagiste), Ruedi Baur (designer urbain), Jean Louis David (adjoint au maire Ville de Bordeaux, chargé de la vie urbaine).

 

Vendredi 12 septembre 2014

Claudie Landelle

 

Pour les concepteurs, une contrainte est toujours source de stimulation. Or aménager l’espace public devient une véritable gageure car le principe de précaution se substitue de plus en plus au projet :

Par peur du vide, on assiste à une sur-programmation qui tend à multiplier les animations sur l’espace public et à abuser du principe de précaution.

Par peur du temps, on cherche des solutions hâtives alors que l’aménagement des espaces publics demandent une échelle de temps plus longue pour l’organiser et le faire vivre, avec un échelonnement sur 20 à 30 ans.

 

Dans les secteurs à risques identifiés comme par exemple pour les territoires soumis à des PPRI, redessiner l’espace dans une démarche d’amélioration de l’existant permet parfois de remédier au principe de précaution et de réduire l’impact du risque.  Interdire tous les usages par rapport à une crue centennale conduit à l’inertie, à l’immobilisme, voir l’abandon de certains espaces pourtant au cœur de la vie des cités.

Un règlement ne doit pas figer la relation entre le concepteur et le projet, entre l’usager et l’espace public.

 

L’excès de précaution induit à terme la déresponsabilisation de l’habitant. Une surprotection n’empêchera jamais l’usager de tester les limites et braver les interdits et donne raison à l’adage « trop d’avertissement tue l’avertissement ». Une surprotection nuit à l’appropriation de l’espace public comme en témoignent la multiplication des barrières et autres bornes. Construire l’espace public permet de réintroduire le civisme.

 

Du point de vue de l’élu, le principe de précaution est utile car, sur l’espace public, la responsabilité des maires est totale. Cependant cette attitude louable ne doit pas empêcher de faire appel au bon sens pratique. Sinon le risque est de favoriser un type d’usager et d’empêcher l’évolution et la succession des pratiques sur les espaces publics : rien ne doit être définitif ni figé, chaque barrière restée amovible. L’ajout de normes aux normes ne doit pas être une façon pour l’élu de se protéger et de rejeter sa responsabilité du fait du risque pénal extrême.

 

La position du Préfet en tant que représentant de l’Etat est qu’il faut distinguer l’usage de l’abus du principe de précaution. Le devoir de protection ne peut prévenir t ous les risques. Le principe de précaution doit-il conduire à clôturer chaque fleuve, chaque rivière, chaque étendue d’eau ?

Cette frénésie des normes a par ailleurs pour conséquence d’alourdir de façon exponentielle le coût des projets et freine ainsi toute créativité sur les espaces publics

Si la démarche de projet implique l’obligation d’anticiper et de responsabiliser de multiples acteurs (décideurs, maîtres d’œuvre, services de sécurité…), notre société doit aussi accepter l’accident..

 

L’enjeu des espaces publics se joue maintenant :

soit on poursuit la course à la surprotection, en séparant toujours plus les usages, en laissant de plus en plus de gens hors de la société  et en  favorisant les comportements à risques.

Dans ce cas, on encourage l’émergence d’espaces publics où l’on veut discipliner et censurer les usages en empêchant leur évolution.

 

Soit on prend le virage d’une culture du risque partagé, en considérant les espaces publics comme un bien commun qui évolue constamment, en réinterrogeant régulièrement les usages.

Les espaces publics doivent participer à réunir les habitants, à favoriser la communication, l’entraide, la surveillance, autour d’une prise de conscience collective du risque.